Buganda, la carte postale du Burundi

Située au nord-ouest du pays, cette commune a déjà fait la paix avec les démons du passé, et maintenant, tant bien que mal, elle s’attèle à un autre défi majeur, la pauvreté.

l’agriculture artisanale, lot de l’habitant de Bugandal’agriculture artisanale, lot de l’habitant de Buganda
« Bienvenue dans la commune Buganda », annonce une minuscule pancarte, à la sortie de la province Bubanza. La différence entre cette dernière et Buganda saute rapidement aux yeux. La route (RN5), auparavant cahoteuse, devient lisse, le paysage s’habille plus en vert, les champs de manioc et de tomatessuccèdent aux champs de riz. Le visage de la commune tient de la carte postale.

Environnée par des hautes montagnes, qui semblent lui tenir rôle de gardiens, la commune s’étale en grande partie sur une plaine, où des cultivateurs, la peau tannée par le soleil, sont courbés quotidiennement sur leurs houes, labourant stoïquement des champs immenses.

À l’ouest, le paysage congolais se confond parfois à celui du Burundi, mais de la route, on peut entrevoir la rivière Rusizi, frontière naturelle des deux pays, serpentant paresseusement dans les vallées. Des relations privilégiées se sont tissées au fil du temps avec ce pays voisin, qui a parfois fait office de second foyer au Burundais fuyant la guerre, vice versa. Le vestige du pont de la 6ème avenue à Gasenyi, détruit en 1964, semble apporter un témoignage tangible sur l’histoire commune des deux pays.

Un long chemin vers la paix

Dans la crise de 1993, Buganda est particulièrement touchée. On assiste à un exil massif de la population vers la RDC. La commune se retrouve presque exsangue de ses habitants, qui vont passer 4 à 5 ans sans remettre les pieds chez eux.

Le mouvement ne va commencer à s’inverser qu’à partir de 1996, où, malgré une situation politico-sécuritaire incertaine, les gens de Buganda s’attèlent à la reconstruction de leur vie, de leur commune. « Les femmes, les jeunes, les hommes de Buganda ont tous souffert de cette crise. Ce qui leur a servi de catalyseur vers le désir de réconciliation», avance David Nibizi, secrétaire communal, et ancien réfugié.

Certains habitants de Buganda semblent s’être trouvé désormais une devise : «Vivre en bonne intelligence.» Un jeune ressortissant de Buganda, abondant dans le même sens, souligne un aspect réussi de l’intégration sociale : « pour une région supposée à majorité hutu, il est tout à fait remarquable d’avoir comme administrateur un homme de l’ethnie tutsi. »

Ce que ne manque pas d’appuyer David Nibizi :« malgré ce qui s’est passé dans la capitale depuis le mois d’avril, la population de Buganda est restée soudée». Tout de même, cette vision des choses n’est pas unanimement partagée, car en catimini, certains fustigent les agissements d’une certaine catégorie de jeunes affiliés au parti au pouvoir. «Peut-on parler de paix quand elle est imposée par la force ?», grince un des protestataires.

Vivre à Buganda, une leçon de bravoure

le commerce, une roue de secours pour les ménagesle commerce, une roue de secours pour les ménages
Mercredi 25 novembre, jour de marché à Gasenyi. Sous un soleil de plomb, des vendeuses de toutes sortes essaient de s’abriter dans parapluies, et garder un œil constant sur leurs produits étalés à même le sol. Celles-là sont les plus chanceuses. D’autres affrontent stoïquement la fournaise, assise sur de petits tabourets, interpellant tout passant en vantant la qualité de leurs produits.

On rencontre Rebecca Ntamakiriro en première ligne d’une rangée de parapluies. La quarantaine révolue, cette veuve n’arrive à faire rien d’autre que le commerce, à cause d’une hypertension et une arthrite qui la terrassent. Et la misère dans laquelle elle vogue n’est pas seulement due qu’à cela. « De mon mariage, j’ai eu 12 enfants, et il ne m’en reste qu’un, qui n’aide pas en grand-chose, car étant toujours à l’école», se lamente-t-elle.

Plus en retrait, BelyseMurekerisoni gronde les dizaines de petits filous du marché, qui chapardent ici et là des fruits, au mieux, font la poche aux gens. « Tout cela n’est rien d’autre que le résultat de la pauvreté », commente-t-elle d’une voix lassée.

Vivre d’une seule activité semble chose rare à Buganda. Museveni vend du jus de bananes au marché, et ne manque pas de clients car tout le monde fait un saut à son commerce toutes les 30 minutes pour étancher la soif due à la chaleur torride. « Je suis cultivateur, et aussi brasseur, mais même avec tout ça, il m’est toujours difficile de subvenir à tous mes besoins», se désole-t-il. Même cas pour Jean Marie Sindayihebura, enseignant, pour qui «si cela s’impose, troque la craie pour la houe. »

Les jeunes de Buganda semblent être les plus affectés par la pauvreté, car même ceux qui sont à l’école ne rentrent que pour se changer et aller faire toutes sortes de petits boulots, puis au fur et à mesure , finissent par se lasser des études. « S’ils ne tournent pas mal, vers le banditisme ou la prostitution, ils stagnent et passent le restant de leur vie dans ces petits boulots», regrette David Nibizi. Mais les jeunes ne l’entendent pas de cette oreille, car pour eux, le manque d’encadrement et de soutien sont les grandes causes de cette situation. Jean Paul Vyamungu, jeune agriculteur, et à l’occasion réparateur de vélos, plaide pour sa cause : « On a la force, la détermination et le désir de travailler, mais que faites-vous pour nous soutenir ?»

 


 

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